J’ai eu 77 ans le 30 novembre, et j’ai décidé qu’il était temps de faire un bilan. Pas un règlement de compte, pas une plainte… mais un retour sincère sur 24 années de vie dans le Morvan, après avoir tout quitté en 1998.
J’ai connu auparavant la réussite, la confiance, les projets qui avancent, l’énergie collective. J’ai monté des associations, organisé des voyages, accompagné des jeunes, vécu la solidarité, l’amitié et l’action. J’ai créé une entreprise informatique qui a trouvé sa place en région parisienne. J’étais utile, reconnu, intégré.
23 années dans le Morvan
Puis j’ai pris une décision — spontanée, rapide, pleine d’espoir — celle de partir vivre à Lormes. J’y ai travaillé, j’y ai cru. J’ai bâti, investi, participé. Et pourtant, les choses n’ont jamais pris la trajectoire que j’espérais. Le rêve de la campagne, la promesse du calme et de la nature… s’est accompagné pour moi d’un prix lourd : l’isolement, la difficulté économique, la lente érosion des liens, et la sensation d’être à côté du mouvement, malgré toute la bonne volonté du monde.
Pourquoi parler aujourd’hui
Aujourd’hui, je veux parler.
Par respect pour ma vie.
Par honnêteté envers ceux qui rêvent de “la campagne refuge”.
Pour dire ce qui fut beau, ce qui fut dur, et ce que j’ai compris.
Sans haine — car personne ne m’a “fait du mal” volontairement.
Sans crainte — car le silence ne m’apporte plus rien.
Ce sera un récit, par fragments.
Un partage d’expérience, pas une vérité absolue.
Une invitation à réfléchir avant de tout quitter, ou au contraire, à oser le faire les yeux ouverts.
Je parlerai des joies, des illusions, des renoncements, de l’indépendance économique qui s’effrite loin des réseaux, du lien social qui se construit autrement, du risque d’abandonner une réussite pour un idéal mal préparé.
Je veux ouvrir mon cœur — à la fois apaisé par la nature, et encore traversé par la révolte douce de ce que j’aurais aimé réussir ici.
L’importance du témoignage pour ceux qui envisagent le même choix
Je commence aujourd’hui.
Tranquillement.
Page après page.
Pour ne pas oublier.
Et peut-être, pour aider d’autres à ne pas se tromper comme je l’ai fait.
